Français Anglais Musée du compagnonnage à Tours
Musée du Compagnonnage
Musée du Compagnonnage
Imprimer

La réception

Une société initiatique, telle qu’elle est définie par les ethnologues, est une société qui intègre ses membres par étapes, lesquelles sont marquées par des épreuves. C’est aussi une société qui distingue un état « profane » d’un état d’ « initié ». Le passage de l’un à l’autre s’opère au cours d’une cérémonie appelée l’initiation et plus précisément chez les compagnons, la réception ou encore le passage.

Les rites et le contenu des épreuves sont toujours secrets. L’initiation ne se déroule qu’entre les membres de l’association. Le nouveau reçu fait le serment de ne pas les révéler. Il est alors « reconnu » par les autres initiés et apprend les mots et gestes des rites de « reconnaissance » qui permettent de s’identifier auprès d’autres membres de l’association.

La réception d’après le journal L’Illustration en 1845

La réception d’après le journal L’Illustration en 1845

Tout cela peut sembler bien mystérieux. En réalité, la cérémonie de réception est vécue avec simplicité et respect par les compagnons. La réception avait et a encore un triple but : d’une part, elle marque de la part des autres compagnons leur reconnaissance des qualités professionnelles et morales du futur reçu, elle sanctionne positivement l’effort et les vertus du candidat. Autrefois, elle permettait, en sélectionnant les meilleurs ouvriers, de leur offrir un moyen de promotion morale et sociale, mais aussi d’en exclure ceux qui voulaient profiter des avantages de l’association sans en être dignes.

D’autre part, les rites et symboles de la réception sont les supports d’un enseignement moral visant à imprimer en la mémoire du nouveau reçu ses devoirs envers les compagnons, la société, lui-même, à l’encourager à persévérer dans l’honneur, la dignité et autres valeurs. Enfin, la réception, par son impact psychologique, cimente la cohésion d’un groupe tourné vers un même but.

Pommeau de canne d’un compagnon boulanger du Devoir. Photo Musée du Compagnonnage

Pommeau de canne d’un compagnon boulanger du Devoir. Photo Musée du Compagnonnage

C’est parce qu’il est censé être passé d’un état à un autre, celui d’aspirant à compagnon, que le jeune homme reçoit un « nom de compagnon » ou « nom de baptême », symbolisant sa nouvelle naissance. La forme de ce surnom varie selon les corps de métiers. Il est en général composé d’un nom de province suivi d’une vertu (du type « Bordelais la Persévérance »), mais chez les menuisiers et serruriers du Devoir, il est composé du prénom suivi du nom de province (Jean le Tourangeau). Enfin, chez les tailleurs de pierre et les plâtriers, la vertu précède la localité de naissance (tel « La Fidélité de Saint-Martin-le-Beau »).

Il y a deux, voire trois états chez les compagnons. Celui d’aspirant (tous mouvements) ou d’affilié (au seul Devoir de Liberté), qui donne lieu depuis un demi-siècle à la présentation d’un travail et à une cérémonie (l’adoption ou l’affiliation). Celui de compagnon, avec un chef-d’œuvre et une cérémonie (la réception). Enfin, dans plusieurs associations existe aussi l’état de compagnon fini, marqué par une cérémonie particulière.Malgré le secret attaché à la réception, d’assez nombreux récits anciens nous sont connus, soit au XVIIe et XVIIIe siècle, à la suite d’enquêtes de la part de l’Eglise, qui y voyait des pratiques superstitieuses, soit à la suite de divulgations de compagnons au XIXe siècle, soit encore par des manuscrits présents dans des bibliothèques et services d’archives publiques. Il apparaît que le contenu de ces cérémonies est très variable d’une société de métier à une autre et qu’il a aussi évolué avec le temps.

Les plus anciennes cérémonies connues présentent un caractère christique affirmé : à la façon des « mystères » du Moyen Age, le candidat revivait certains épisodes de la vie et de la passion du Christ.

Rôle des compagnons menuisiers non du Devoir de Nantes, 1765

Rôle des compagnons menuisiers non du
Devoir de Nantes, 1765

Le serment, détail d’une lithographie des compagnons toiliers, vers 1850

Le serment, détail d’une lithographie des compagnons toiliers, vers 1850

 

Au XIXe siècle, les rituels tendent à se déchristianiser et à intégrer des éléments issus de la franc-maçonnerie. Ils se sont encore modifiés depuis un demi-siècle, s’adaptant à l’évolution culturelle, religieuse et psychologique des jeunes gens.

Tous les rituels de réception sont composés d’épisodes destinés à éprouver la sincérité, la volonté, le courage, la moralité et l’engagement du candidat. Le serment d’être fidèle au Devoir et à ses Pays ou Coteries en constitue un épisode important.

Escalier à dessous coulissant
(1825)

Musée du Compagnonnage

8 rue Nationale
37000 Tours
Tél : 02 47 21 62 20

Escalier à dessous coulissant (1825) Plan d'accès
Contactez nous