Français Anglais Musée du compagnonnage à Tours
Musée du Compagnonnage
Musée du Compagnonnage
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Comparaisons

Le compagnonnage n’est pas qu’une association de formation professionnelle, ni une société de secours mutuels, ni un syndicat. Il n’est ni une religion, ni une secte, ni une société secrète. Il présente des similitudes avec la Franc-maçonnerie mais également des différences importantes.

Le Compagnonnage se définit aussi par son contraire. Il ne peut pas se résumer à une association de formation professionnelle ni à une société de secours mutuels ou encore à un syndicat ouvrier, bien qu’il ait englobé autrefois ces trois fonctions. Ce n’est pas une religion, car ses membres ne vénèrent pas un dieu spécifique et ne pratiquent pas de culte, si ce n’est celui du travail bien fait et une morale de vie en société qui a pu, autrefois, être inspirée de la religion chrétienne. C’est encore moins une secte, car le but du Compagnonnage est d’insérer les jeunes dans leur métier et la société toute entière, sans détournements financiers ni gourous. Ce n’est pas non plus une société secrète, car les associations de compagnons ont toujours été connues de tous et sont aujourd’hui déclarées, voire reconnues d’utilité publique.

Lithographie «  l’Union des corps d’états », vers 1875, où figurent plusieurs symboles d’origine maçonnique

Lithographie «  l’Union des corps d’états », vers 1875, où figurent plusieurs symboles
d’origine maçonnique

Le Compagnonnage n’est pas une société secrète, ses membres ne se cachent pas d’être compagnons mais n’affichent pas non plus leur qualité, surtout s’ils sont établis, afin de ne pas utiliser leur titre à des fins commerciales, sachant qu’en matière professionnelle la modestie doit rester de rigueur. On peut cependant qualifier le Compagnonnage de « société à secrets », puisqu’il en est ainsi de certains rites qui constituent la partie privée et vécue des compagnons.

Par leurs buts, leur forme, leurs symboles, les associations compagnonniques sont parfois confondues avec d’autres mouvements. En premier lieu, avec la franc-maçonnerie, en raison du symbole commun du compas et de l’équerre entrecroisés.

Mais au-delà de certains symboles et de références légendaires (à la construction du temple de Salomon, notamment) et du fait qu’il s’agit dans les deux cas d’associations de type initiatique, ces mouvements ont une origine géographique distinctes (l’Angleterre pour la Franc-maçonnerie, la France pour le Compagnonnage) et une histoire différente (la Franc-maçonnerie émerge au cours du XVIIe siècle alors que le Compagnonnage est attesté au XVe). Enfin, la principale différence repose sur l’exercice symbolique du métier de maçon dans la Franc-maçonnerie, alors que le Compagnonnage suppose la pratique effective d’un métier, qui n’est d’ailleurs pas que celui de maçon et de tailleur de pierre. Il y eut cependant au XIXe siècle d’assez nombreux emprunts par les compagnonnages de symboles et de rites maçonniques, sans pour autant que cela aboutisse à des liens entre les deux institutions, qui sont toujours restées indépendantes.

D’autres mouvements présentent des similitudes avec les compagnonnages. Les Bons Cousins charbonniers et les Bons Compagnons fendeurs, attestés dès le XVIIe siècle, étaient des sociétés initiatiques de forestiers, très proches de celles des compagnons. Elles évoluèrent au XVIIIe et XIXe siècle en acceptant des membres étrangers à leur métier, devinrent des groupements d’assistance fraternelle, connurent des dérivés maçonniques ou politiques (les Carbonari italiens et la Charbonnerie française) avant de s’éteindre dans les régions où elles étaient implantées (Bourgogne, Franche-Comté).

Photo Musée du Compagnonnage. Sautoir du 3e ordre des compagnons menuisiers du Devoir de Liberté, vers 1850

Sautoir du 3e ordre des compagnons menuisiers du Devoir de Liberté, vers 1850. Photo Musée du Compagnonnage.

Photo D.R. Compagnons allemands en 1953

Compagnons allemands
en 1953. Photo D.R.

 

Il existe aussi des compagnonnages en pays germaniques et scandinaves, dans les métiers du bâtiment (charpentiers, couvreurs, menuisiers, tailleurs de pierre, maçons). Comme les compagnons français, ils voyagent et pratiquent une réception. Ils portent une canne torse et des cravates de couleur différente selon les sociétés (cravates noires, rouges, bleues) et certains sont sans cravate.

Photo Musée du Compagnonnage. Grand vase des sociétaires-faïenciers potiers de Tours, vers 1848, détail

Grand vase des sociétaires-faïenciers potiers de Tours, vers 1848, détail. Photo Musée du Compagnonnage. 

Des analogies marquées avec les compagnonnages ont été constatées au XIXe siècle dans diverses associations : celles des charpentiers Renards Joyeux, Libres et Indépendants, des sociétaires boulangers ou « rendurcis », des sociétaires faïenciers-potiers de Tours, des sociétaires de l’Union des Travailleurs du tour de France, etc. Ils partageaient les mêmes buts d’assistance mutuelle, de travail bien fait, certains rites et symboles et la pratique du tour de France. Ils rejetaient le titre de compagnon mais reprenaient bon nombre des usages des Devoirs.

Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, il apparaît que des compagnons et des francs-maçons avaient remarqué des similitudes dans la structure des deux associations. Sociétés initiatiques, les compagnonnages et les mouvements maçonniques pratiquent des cérémonies de réception, des moyens de reconnaissance (signes, attouchements, mots), des échanges de questions et de réponses pour s’identifier entre frères, « pays » ou « coteries ». Mais si la structure était analogue, le contenu était différent. Contrairement à une idée partagée aussi bien par les compagnons que par les francs-maçons d’aujourd’hui, le Compagnonnage n’est pas la forme primitive et opérative (de métier) de la Franc-maçonnerie. Celle-ci ne lui a rien emprunté pour se constituer puisque sa naissance se situe en Angleterre au milieu du XVIIe siècle et qu’elle ne s’établit en France que vers 1725.

En revanche, séduits par ce qui leur apparaissait comme un modèle, une société prestigieuse plus aboutie et plus riche de sens, les compagnons ont largement puisé dans la symbolique et les rites maçonniques pour réformer et étoffer les leurs dès la fin du XVIIIe siècle. A ce jour, la plus ancienne attestation d’un emprunt par le compagnonnage des tailleurs de pierre d’Avignon aux symboles maçonniques remonte à 1782. Mais c’est au cours du XIXe siècle que les compagnons ont multiplié ces emprunts, pour plusieurs raisons. La première a été la volonté de moderniser après la Révolution une institution jugée archaïque et incompréhensible à la jeunesse du « siècle du Progrès ». La seconde vient de ce qu’au XIXe siècle, le Compagnonnage maintient en son sein des sédentaires, des patrons, dont certains s’affilient à des loges maçonniques, ce qui favorise les passages d’une société à une autre. La troisième raison est l’élévation du niveau d’instruction des compagnons : sachant de plus en plus lire et écrire, ils découvrent la multitude de rituels maçonniques et autres ouvrages imprimés, dont ils vont intégrer des éléments dans leurs propres rituels. Les plus connus sont la légende d’Hiram, l’étoile flamboyante, la lettre G, les trois points en triangle et divers symboles des hauts grades.

Photo Musée du Compagnonnage. Tablier maçonnique
Tablier maçonnique. Photo Musée du Compagnonnage.
Photo Musée du Compagnonnage. Bannière des compagnons charpentiers du Devoir de Liberté de Tours, 1932
 Bannière des compagnons charpentiers du Devoir de Liberté de Tours, 1932. Photo Musée du Compagnonnage.
 

Associés ou substitués à des éléments traditionnels du Compagnonnage, ils ont été « compagnonnisés » comme une nouvelle forme de langage auprès des compagnons du XIXe siècle. Une partie de ces emprunts a été abandonnée au cours du XXe siècle.

Escalier à dessous coulissant
(1825)

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